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Liberticide, l’écologie ?

Billet d'humeur 30 août 2020

La discussion que j’ai eue avec David Cormand aux « Journées d’été écologistes » fait beaucoup réagir.

En cause : notre accord sur le fait que la mise en œuvre d’une politique écologique implique la restriction de certaines libertés. Immédiatement, la droite et la macronie (à commencer par leur délégué général Stanislas Guerini) s’enflamment pour dénoncer, comme d’habitude, l’« alliance des khmers ». Rappelons au passage que le nationalisme totalitaire des Khmers Rouges à fait près de 2 millions de victimes. L’écologie politique que nous portons vise à protéger l’humanité dans son ensemble et son environnement. Cette comparaison récurrente avec les "khmers" est donc aussi insultante que  fausse. Surtout quand elle vient d’un camp politique qui n’a cessé d’attaquer nos libertés fondamentales.

Une question mérite cependant qu’on s’y arrête : faut-il rejeter l’écologie du fait qu’elle implique la restriction de certaines libertés individuelles ? A mon sens, la réponse est clairement non. >En démocratie républicaine, nous formons un contrat social où chacun.e abandonne une part de sa liberté « primaire » (la possibilité de faire tout ce que l’on veut), pour appartenir à un collectif qui s’impose à lui-même des contraintes afin de mieux vivre. La contrainte est alors légitime à deux titres.

Elle a un but lié à la protection de l’intérêt général.
Elle a été conçue de manière démocratique, e.g. la décision a été prise par des institutions représentant légitimement le peuple. En France, par exemple, nous avons démocratiquement décidé d'interdire le vol. C'est une limite à nos libertés individuelles, mais également une décision collective légitime qui vise à assurer la sécurité de tou.te.s. D'ailleurs, la contrainte dans une démocratie n'est jamais absolue. Chacun.e peut la contester au regard de ses droits fondamentaux, devant des institutions légitimes et fiables. Ces institutions sont un rempart essentiel face à toute dérive autoritaire. En inscrivant pleinement notre écologie politique dans le cadre de la démocratie républicaine, nous faisons appel à la légitimité du peuple pour que soit collectivement admise et contrôlée la restriction des libertés qu’implique une politique écologique radicale. Deuxièmement, nous sommes persuadés de ce qu’une véritable politique écologique vise justement à sauvegarder les libertés. Le changement climatique et la destruction de notre environnement entraînent et continueront d'entraîner une perte irréversible de liberté. Les ressources naturelles se raréfient, les conflits se multiplient, les terres s’appauvrissent (menaçant notre sécurité alimentaire), les risques de catastrophes naturelles augmentent (inondations, ouragans, sécheresses, incendies), etc. Le niveau croissant d'insécurité géopolitique, alimentaire, physique et sanitaire nous entrave. Les millions de migrants climatiques ne sont pas libres, mais contraints (à l'exil). Les dizaines de milliers de français hospitalisés et tués par la pollution atmosphérique aussi.

En intégrant la notion de limites planétaires, on développe une vision plus complète de la liberté : notre liberté n’est pas seulement contrainte par l’Etat, l’entreprise et les institutions humaines. Elle est aussi bornée par le caractère limité des ressources naturelles. Nous devons nous imposer des contraintes pour préserver notre environnement et notre liberté sur le long terme. Si nous ne prenons pas cette voie dès aujourd’hui, nous subirons de manière croissante la pression des limites planétaires sur les sociétés humaines et leurs libertés. Nous avons fait fausse route en faisant de l’abondance matérielle et de la consommation individuelle un synonyme de la liberté. BrunoLeMaire a une vision plus restrictive encore de lorsqu’il affirme sans nuance que “la voiture, c’est la liberté”. D’abord, parce que les ressources matérielles sont une condition de la liberté, mais ne se confondent pas avec elle. Ensuite, parce que l’humanité ne vit pas collectivement une période d’abondance de ces ressources. Une extrême minorité d’humains profitent de l’abondance matérielle dont sont privés ceux qui la créent. C’est-à-dire que de milliards d’êtres humains (et des millions en France) sont à ce point privés de ressources matérielles qu’ils ne peuvent jouir d’une réelle liberté.

Enfin, la liberté n’est pas faite que d’opportunités matérielles, mais aussi de libertés de penser, de croire, de débattre, de vivre et de partager sa culture et ses idées, d’avoir une vie sexuelle, sentimentale et intellectuelle épanouie. La réduction du temps de travail serait à ce titre une grande avancée pour la liberté individuelle. Ce serait également une mesure écologiste, participant à ralentir un capitalisme effréné. Car réduire le temps de travail, c’est également laisser le temps aux gens d’aller faire les courses ailleurs qu’en grande surface, d’utiliser les mobilités douces plutôt que la voiture et l’avion, de cultiver les liens humains et de faire plus attention à notre environnement.

Enfin, la liberté est aussi l'opportunité de participer à la vie démocratique, d'avoir une voix dans la définition des objectifs et des règles communes. Car il n’y a pas de plus grande liberté que de participer à choisir nos propres contraintes.

Notre projet politique est justement de préserver ces libertés, et d’en faire usage pour construire démocratiquement une société où l’humanité sait se contraindre pour préserver son avenir.

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